Interview – Fakear

Dans le cadre du festival MARSATAC à Marseille, j’ai eu l’occasion de rencontrer FAKEAR. Un artiste avant-gardiste d’une électro audacieuse aux notes exotiques. Théo répond à nos questions:

Tu as toujours baigné dans la musique et tu étais étudiant en musicologie jusqu’à l’an dernier. Un jour, tu as décidé de te lancer totalement dans la musique et essayer de vivre de ça ?

Pas vraiment, j’ai tenté un tremplin dans ma ville natale : AOC Normandie organisé par le Cargo (salle de concert de Caen) tous les ans. J’ai essayé de tenter ma chance et je l’ai remporté ! C’etait ma première surprise et ensuite cette salle m’a accompagné pendant un an. J’ai donc arrêté la fac l’année dernière. Mais ça n’a pas été un choix, plutôt une opportunité.

Tu es content de ton parcours aujourd’hui ? Tu as des perspectives d’avenir ?

Il y’a plein de trucs que je dois corriger au fur et à mesure parce que je découvre le milieu. Je me fais avoir aussi par l’engouement des gens, des médias et musicalement, je m’éloigne un petit peu de ce que je faisais au début. Je me remets donc beaucoup en question. Je suis très content de mon parcours et j’ai envie de l’assainir. J’ai envie de faire ma route, un peu loin de cette industrie de la musique.

Ta famille t’a toujours soutenu dans tes choix, notamment lorsque tu t’es lancé dans la musique ?

Oui carrément, ils ont eu leur expérience de la scène avant moi. Donc c’est marrant pour eux, ça leur permet de revivre ce qu’ils ont vécu étant jeunes. Ils m’ont toujours soutenu dans ce que je voulais faire car tant que j’étais heureux pour eux tout va bien.

Quand on écoute tes musiques on a l’impression que tes influences musicales sont dues à des voyages. Tu as beaucoup voyagé ?

Pas tant que ça, je me suis baladé en Europe du Nord et en Europe de l’Est avec mon sac à dos, en stop. C’est pas vraiment de là que je tire mes inspirations mais plutôt de pays où je ne suis jamais allé mais qui communiquent un imaginaire hyper fort comme l’Asie du Sud Est. Je suis parti au Japon cet été, ça m’a vraiment mis une claque monumentale.

Tu es parti où au Japon ?

J’ai fait un énorme tour de Tokyo mais j’ai l’impression de n’avoir vu qu’un dixième de la ville, je suis allé à Kyoto aussi qui est une chouette ville. C’est une autre planète, d’autres normes, une autre manière de vivre. C’était un pays qui m’influençait déjà et depuis que je suis rentré, j’essaye de faire des trucs plus raffinés un peu comme là bas. Les voyages que j’ai fait avant m’ont apporté des points de repère, des sensations comme avoir froid, avoir faim. Ça m’a permis de ne pas tomber dans le kitsch et essayer de rester dans quelque chose d’humain, quelque chose de brut.

Par rapport à la musique que tu as composée Morning in Japan, ton voyage était totalement en accord avec l’image que tu t’en étais faite ?

Non, c’était bien plus urbain. Via Myazaki, je voyais ça beaucoup plus sauvage et « Morning in Japan » a cette connotation naturelle organique, alors que les morceaux que je compose depuis que je suis rentré sont beaucoup plus urbains, plus nocturnes. C’est très different de ce que je faisais avant.

Aujourd’hui tu veux donc orienter ta musique vers quelque chose de beaucoup plus urbain ?

Pas forcement dans le sens hip-hop ou dans les codes de la street mais plutôt dans l’image de la vie nocturne.

Pour quel artiste aimerais-tu jouer en première partie ?

Bonobo. C’est ma première influence, j’ai commencé à l’écouter en 2006 quand il a sorti Days To Come, c’est vraiment là que je l’ai découvert et que j’ai avalé toute sa discographie. Je le suis depuis et il ne m’a jamais déçu.

Pourquoi « Fakear » ?

Ça vient de Fake Ear, c’est le coté virtuel de la musique que je compose sur ordinateur, ce n’est pas de la vraie musique. Je fais de la fausse musique avec des fausses oreilles (rires).

J’imagine que pour toi le live c’est tout, non ?

Pas vraiment, le live c’est un truc super important parce que je faisais du rock avant, donc je viens au live assez naturellement, mais il y a deux stades différents : Il y a Théo d’un coté qui compose la musique, et Fakear qui la joue. Tout ce qui vient de moi très profondément c’est en studio que je l’exprime donc je préfère me considérer comme un artiste de studio même si le live a une dimension très importante.

En ce moment quelles musiques écoutes-tu ?

Je n’arrive toujours pas à me lasser de la dernière de Kaytranada « Leave Me Alone » qui est vraiment une addiction. J’ai énormément écouté le remix de « Gold » de Chet Faker par Flume, l’album The North Borders de Bonobo aussi, j’ai hâte qu’il sorte un nouvel album d’ailleurs. J’aime beaucoup le dernier album de Jungle aussi.

En parlant de Flume, c’est un jeune artiste aussi, tu assimiles ton parcours au sien ?

Non pas trop, parce qu’il a un délire très hip-hop. J’admire ce qu’il a fait avec son album qui est rempli de « bangers », pleins de tubes qui sont très bien produits, qui marchent très bien. C’est pas du tout mon objectif, j’ai pas du tout envie de faire un album de tubes. Sans faire quelque chose de commercial, j’ai réussi à rassembler un public qui est assez incroyable et j’ai beaucoup de chance donc pourquoi changer la recette ? Même mon album va être beaucoup plus calme que les remix que j’ai pu sortir récemment. Je bosse sur quelque chose de beaucoup plus intimiste, plus recroquevillé.

Tu as des projets en vue ? Des clips ?

Oui, il y a un clip en projet pour « Sauvage ». C’est l’album qui occupe un maximum de mon temps.

Tu t’autoproduis aujourd’hui ou tu as un label ?

J’ai un petit label qui s’appelle Nowadays Records, c’est un gars d’ici qui a monté ce label sur Paris. C’est vraiment une petite famille, c’est top !

 

 

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