Interview – Eddy de Pretto

Peu avant son concert pour le festival Garorock 2018, à Marmande, j’ai eu la chance d’effectuer l’interview d’Eddy de Pretto, l’artiste français de 25 ans, dont l’album « Cure » a été reçu comme l’un des plus attendus de l’année.

Tu es le seul artiste de la journée à avoir accepté de jouer le jeu des interviews… Cet exercice, tu as dû le faire des dizaines et des dizaines de fois ?

Eddy : Je n’ai pas fait une promo sur ce premier album. C’est la première.

Quand tu fais une interview pour un média, est ce que tu es toujours frais dans ta tête, ou as-tu un sentiment de lassitude ? Est-ce que tu déclenches un compte à rebours dans ta tête « ok, dans combien de secondes va-t-on me demander la définition de la virilité ? » ?

Eddy : Pas trop. J’essaye de rester frais, que ça m’amuse toujours. En fait moi je marche beaucoup à ça, tant que ça m’amuse et que c’est cool… Je trouve que c’est un travail sur soi en fait. Venir répondre à des gens qui posent des questions sur toi, sur comment tu te définis, comment tu définis ton travail, où est ce que tu te places par rapport à toi et par rapport aux autres, qu’est-ce que tu veux offrir… Je trouve que c’est un joli travail de connaissance de soi et je crois que c’est pour ça que je suis là. J’ai encore plus envie de me connaître, et je trouve que cet exercice-là dans une promotion, ça fait travailler, ça fait réfléchir à des mots et à du nouveau vocabulaire pour justement donner des éléments de réponse précis et intellectualiser doucement le travail que tu fais. Et je trouve que ça fait avancer. Moi ça m’aide en tout cas. Le jour où ça ne m’amusera plus je dirai « Ciao, ça m’amuse plus ».

Tu n’étais pas très friand de festival, est ce que ton avis change maintenant que tu les fréquente ? Parce que tu vas devoir t’y habituer…

Eddy : Ouais, grave. En fait ce n’est pas que je n’en étais pas friand, c’est que je n’en ai jamais fait. Je n’y suis jamais allé parce que ça ne me tentait pas trop l’idée d’aller voir plein d’artistes différents au même endroit, je préférais aller les voir en salle. C’est pas du tout les mêmes ambiances, les mêmes échanges et du coup je trouvais ça beaucoup plus pertinent en salle. Et voilà, je ne suis jamais allé en festival… C’est dommage et naze… (Rires)

Bon ceci dit il y a les Solidays derrière, il y a les Franco devant, c’est une routine qu’il va falloir apprivoiser en tant qu’artiste !

Eddy : Oui, après j’adore ça en tant qu’artiste, sur scène c’est ouf, je m’éclate, les gens sont fous ! Je suis moi-même étonné du retour public. Je ne m’attendais pas du tout, au Solidays, à avoir autant de gens qui connaissent les paroles par cœur, qui sont fous comme ça, c’est incroyable !

Est-ce que tu t’attendais à autant de succès avec ton premier album ?

Eddy : Non, je n’en attendais pas autant. On imagine, on fantasme énormément… Pour moi c’était un rêve d’enfant ! Clairement, quand t’es chez toi et que tu regardes par-dessus les immeubles et que tu te dis « putain je rêverai de faire ça de ma vie, d’être tous les soirs sur la scène, de chanter toute ma vie… », on te dit que c’est impossible et qu’il va falloir que tu travailles. J’avais une force d’esprit qui me disait « putain tu peux y arriver, tu dois y arriver », ça c’était à l’intérieur. A l’extérieur on me disait « mec arrête, il faut que tu te calmes ». Et plus le temps avançait, plus les étapes et les objectifs se concrétisaient… Jusqu’au jour où je sors un premier album et qu’il se retrouve hyper bien lancé, hyper bien accueilli, par les médias et même le public. C’est au-delà de mes espérances, c’est fou, c’est génial, mais je kiff…

Faut-il être bien entouré, à titre personnel, quand le succès arrive comme un tsunami comme c’est le cas pour toi ? Qui sont tes personnes de confiance ?

Eddy : C’est mon entourage, les gens avec qui j’ai grandi depuis le collège. Ils ont toujours été autour de moi et ils n’ont pas changé. Mes potes !

Et si jamais tu déconnes, vont-ils te le dire avec franchise ?

Eddy : J’espère ! Je ne crois pas encore avoir déconné jusqu’ici … Mais oui j’espère ! Je compte sur eux pour ça en tout cas. Et sinon, c’est beaucoup de remise en question, ne jamais être dans une zone de confort, toujours se questionner vis à vis de comment on évolue… Moi j’adore réfléchir, je suis très cérébral avec tout ça et dans la vie en général. Mais particulièrement sur ça, parce qu’il y en a plein qui vrillent et qui deviennent dingues. Du coup j’aime travailler cette histoire de « faire attention », de voir un peu qu’est ce qui pourrait rendre dingue, et mettre des mots dessus. Donc ouais j’essaye de réfléchir. Et mettre de la distance, ça me cadre un peu.

Dans quel style peut-on vraiment découvrir ta musique ? Est-ce que c’est vraiment plus du rap ou bien… Je n’arrive pas vraiment à catégoriser ton style de musique en fait.

Eddy : Moi non plus. Je me suis mis cette règle de base : Etant donné que, moi non plus, je n’arrivais pas à le catégoriser, je me suis dit que je ne définirai jamais mon style musical, donc je n’ai jamais rien dit à la presse ni à personne. Même pas à moi-même… Je n’ai jamais dit c’est de la pop, c’est du rap, c’est du rock ou quoi que ce soit. Je voulais omettre ça et le laisser comme chacun l’entend, c’est à dire le mettre exactement où tu veux ! Je ne sais pas où je suis rangé dans ta playlist mais en tout cas y’a pas de souci, tu peux me mettre dans classique ! Quoi que ce soit, je m’en fou un peu.

Un de tes nombreux points forts, c’est la qualité de ta diction et de ton articulation, est-ce que tu as un coach ?

Eddy : Ouais ! Je me suis beaucoup formé à la voix. Depuis à peu près 13, 14 ans… Tous les jours, tous les jours, tu fais des exercices… Aujourd’hui j’ai plus trop le temps de voir le coach mais j’ai des exercices dans mon téléphone que je fais tous les jours. C’est un peu comme un athlète qui s’entraine. Il faut travailler l’articulation chaque jour, ça s’échauffe, ça se travaille, ça s’étire et après t’as plus de malléabilité quand tu travailles sur scène.

On te connait un style plutôt engagé, en tout cas plein de convictions et je voulais savoir si par la suite on verra un autre style ou plus du commercial ?

Eddy : C’est drôle, je réfléchissais à ça la dernière fois : quand tu sors de Solidays où tu vois pendant une heure des gens qui chantent en foule tes morceaux sur tes titres les plus « catchy », les plus « bangers » (comme Random), tu sors de là et tu te dis « oh putain, il faut faire que des « bangers », faut qu’ils les chantent tout le temps », et en fait non ! Moi je travaille pas du tout comme ça. Quand je retourne en studio, comme là, en ce moment, je travaille vraiment sur ce qui sort… je ne me dis pas « là putain faut faire un tube », je me dis « qu’est-ce que j’ai envie de raconter ?  Qu’est ce qui me titille ? Qu’est ce qui me questionne ?». Je pense que la magie d’un premier album c’est que ça n’a pas été réfléchi et que c’est sorti à l’instinct, au ressenti. Je pense que j’ai envie de retrouver cette même énergie et cette innocence pour un deuxième album. Donc on verra. Mais en tout cas, non, t’auras pas d’affro trap (Rires).

Et chanter en anglais tu y penses ?

Eddy : Pas pour le moment non…

Des futures collab ?

Eddy : Peut-être, peut-être… On verra…

Y a-t-il des artistes qui t’inspirent ou qui vont t’inspirer dans le futur ? Des gens avec qui tu aimerais collaborer ?

Eddy : Non. Personne. Pas d’inspiration, pas de collab.

J’aurai essayé au moins ! (Rires) Il y a quelque chose dans ton écriture qui est assez dual, toujours subversif, transgressif…

Eddy : Je parlais tout à l’heure de ressenti, d’instinct… Je pense que je suis foncièrement comme ça, et je pense que c’est dans le texte que ça se retrouve. Quand j’écris, j’ai toujours envie d’aller chercher les mots les plus précis, le vocabulaire le plus directe, le plus brut. Je vais aussi chercher une façon de le prononcer, une consonance qui vienne un peu heurter et qui soit plus appuyée. J’aime appuyer certains mots, et je travaille comme ça dans mes chansons. Et c’est pour ça qu’il y a des mots parfois, « chibre » par exemple, pour lesquels tout le monde me disait « Mais c’est quoi ça ? Pourquoi tu vas mettre le mot chibre là-dedans ? Personne ne connait !». Et justement, moi j’aimais bien appuyer ce mot là parce que je n’avais pas envie de mettre « pénis » ou « bite ». Parce que pour moi ce mot appuyait un sens particulier qui était justement, peut-être un peu plus subversif. Mais je fonctionne clairement à l’instinct, la majorité du temps. C’est vraiment de la façon dont je parle que j’ai envie de m’exprimer dans le texte. J’espère avoir répondu à ta question un peu technique.

On approche doucement de la fin de l’interview, qu’est-ce que tu souhaites pour la suite ?

Eddy : De nouvelles chansons, des tournées, surtout de nouvelles chansons…

Toujours sans collab ?

Eddy : On verra… (Rires)

 


Propos recueillis par Marie Chinal

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