Interview – Denai Moore

J’ai eu l’occasion de partager un moment avec la talentueuse Denai Moore ! Née en Jamaïque, elle grandit à Londres. Riche de ses expériences, elle dépeint un monde sans artifice, là où ses paroles prennent tout leur sens.

Hello Denai ! La plupart des médias te décrivent comme très sérieuse dans tes chansons, sans doute à cause de la profondeur des paroles, la gravité qui émane de toi en tant que jeune artiste. Dirais-tu que tes émotions et tes expériences sont la matrice de ton processus d’écriture ?

Oui. Souvent en studio, je ressens soudainement le besoin de dire quelque chose, de mettre une émotion en paroles. Ça vient naturellement, comme une réaction humaine à mon environnement. J’écris quand c’est nécessaire, urgent, quand ça me presse.

Tu en viens à ma seconde question : certains artistes s’installent parfois dans des ressentis, des ambiances spécifiques qui les mènent à l’inspiration. C’est quelque chose qui t’est déjà arrivé ?

Pour être honnête, pas vraiment. Cela vient seul, je ne force jamais. J’essaie de ne pas penser à l’écriture, de la laisser venir, pour qu’elle demeure la plus organique possible. Il m’est arrivé d’écrire n’importe où, dès que j’en ressentais le besoin.

Ah oui ? tu pourrais me citer un endroit insolite ?

Ce jour où je regardais une pièce au théâtre et une mélodie lancinante s’est mise à jouer dans ma tête. J’ai dû courir aux toilettes pour l’enregistrer avec mon téléphone (rires). De retour chez moi j’ai écrit les paroles et la musique qui ont abouti à Loom (single de son EP I swore, ndlr).

Tu écris toujours seule ?

Oui. Je veux que mes chansons incarnent mon histoire, qu’elles soient le reflet de mon expression spontanée. C’est comme ça que j’envisage ma relation avec l’écriture et la musique. Certains artistes se perdent en jouant la musique que des tiers composent pour eux ; d’autres perdent le lien qui les unit à leur musique en devenant des machines à tubes. Mais cela n’empêche pas que je puisse un jour interpréter des morceaux qui auront été composés pour moi.

Quels artistes tu nous conseillerais d’écouter, là tout de suite ?

En ce moment j’écoute Empress of, une artiste que j’adore (musicienne new-yorkaise qui s’autoproduit, nldr). Elle a composé cette chanson, « need myself », sur le self-love, l’amour que l’on se porte. « I need myself to love myself ». Je trouve dommage que cette attitude soit perçue comme narcissique, vaniteux alors que ça ne devrait pas. C’est important de se protéger, de s’accepter comme on est, de s’aimer soi-même avant d’aimer les autres. Un message qui trouve d’ailleurs écho chez des artistes de la jeune génération comme Raury (musicien hip hop et folk américain de 19 ans, ndlr).

Ce que tu dis offre un contraste intéressant avec une génération Z qu’on dépeint volontiers arrogante et égocentrique. Comment comptes-tu te protéger de ça dans quelques années, au milieu des concerts et des festivals ?

Mon entourage est déterminant. J’ai de vrais amis qui m’inspirent au quotidien, un manager à l’écoute et un label qui m’octroie une grande liberté artistique tout en m’encourageant à prendre des risques.

En parlant de risques… Tu as déjà pensé à faire du rap?

Non, mais je suis une grande fan de la musique et de la culture rap (elle pointe du doigt son tee-shirt Kanye West noir et blanc avec un grand sourire, ndlr). Mais dans le futur, je n’exclue pas de collaborer avec un artiste rap, you never know

Où t’imagines-tu dans 5 ans ?

Dans la continuité du présent, de mes projets actuels. Là tout de suite, j’écris mon second album. J’organise aussi un festival de musique alternatif à Londres destiné à promouvoir la scène émergente locale qui mêle différents arts tels que la photographie, la peinture et bien sûr la musique.

La vidéo de ton single « I swore » est bluffante. Tu nous en dis plus ?

A vrai dire je n’étais pas là quand le clip a été tourné. Mais j’ai de plus en plus envie de m’investir dans la réalisation de ces vidéos. L’image influence totalement l’écoute. J’ai beaucoup d’idées pour mes nouvelles chansons…

Musicienne, réalisatrice… et actrice ?

Ce n’est pas dans mes projets ! Mais pour la comparaison, j’admire beaucoup Jared Leto…

Merci Denai !

 Propos recueillis par Ilana Toledano

 

 

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